le mouvement de l'écologie profonde

"Life is fundamentally one. ... The deep ecology movement
is the ecology movement which questions deeper. ..
The adjective 'deep' stresses that we ask why and how, where others do not.
"
Arne Naess (qui créa le terme de 'deep ecology' en 1972)


L’écologie profonde est un mouvement philosophique holistique* qui rassemble les sciences de pointe, la philosophie, la spiritualité et l’action pour aborder l’éthique de l’environnement. Mais c’est également un mouvement social qui cherche les manières et les moyens de créer une culture humaine viable, soutenable, vivant dans une harmonie équilibrée avec la Terre. L’écologie profonde se préoccupe de mettre en œuvre les changements nécessaires pour que les générations futures de toutes les espèces puissent s’épanouir sur cette planète, et pour que l’évolution puisse continuer à révéler ses merveilles.

L’écologie profonde met en perspective notre vision du monde avec ses effets sur la toile de la vie. Elle offre une nouvelle compréhension de comment l’humanité en est arrivée à ce point critique dans l’évolution où la survie de notre espèce et de millions d’autres espèces est en jeu. Mais elle offre aussi une nouvelle vision sur la manière d’aborder les crises en cours en transformant la relation de notre espèce avec le reste du monde naturel. L’écologie profonde donne donc de l’espoir et du sens, ouvrant notre conscience aux possibilités que Mère Nature nous réserve encore.

L’écologie profonde caractérise une vision du monde émergente et un mouvement qui est radicalement pluraliste. Ce n’est pas tant un système de pensée qu’un mode de perception systémique qui émerge du « dessous », au travers d’intuitions venant des inconscients écologiques qui demandent à devenir conscients.  Une fois que quelqu’un « découvre » l’écologie profonde, un voyage commence qui n’a pas de point de retour, car l’écologie profonde nous emmène dans un vaste questionnement dans nos manières de voir, d’expérimenter et d’entrer en relation avec le monde naturel de manière éthique et holistique. Et cela change notre conscience.

L’écologie est l’étude des relations entre des organismes non humains, et entre des espèces non humaines et leurs habitats. L’écologie humaine est l’étude des relations entre les humains et leurs environnements naturels et sociaux. L’écologie profonde est l’étude des relations entre l’esprit humain et le monde naturel, et les comportements qui résultent de nos attitudes, nos croyances et nos perceptions.

La première méthode de l’écologie profonde est le questionnement : poser des questions de plus en plus profondes sur comment nous, humains, nous percevons et entrons en relation avec notre habitat, la terre, et les autres formes de vie sur la planète. En écologie profonde, nous nous examinons nous-mêmes autant que ce avec quoi nous entrons en relation, dans la reconnaissance de notre interdépendance avec la santé de la biosphère.

Le mouvement de l’écologie profonde émergea plus ou moins spontanément et informellement pendant la « révolution écologique » des années '60. Il a pris forme au travers d’innombrables conversations, dialogues, conférences et ateliers - sans mentionner les livres et revues - entre des personnes qui ont partagé leurs voyages écologiques, changé leurs paradigmes, cherché des réponses aux mêmes questions, échangé leurs intuitions et leurs idées et réfléchi sur les découvertes des uns et des autres. Sa préoccupation principale a été d’amener un changement majeur de paradigme  - changement de perceptions, de valeurs et de modes de vie – pour donner des bases et une direction nouvelles au chemin destructeur des sociétés modernes industrielles. Il a réellement participé à la création d’un nouveau champ de conscience, caractérisé par un mouvement de l’anthropocentrisme vers l’éco-centrisme.

Vidéos:

Arne Naess parle de sa vision de l'écologie profonde

Et Satish Kumar (enseignant au Schumacher College UK) donne son point de vue

Stephan Harding parle de la théorie de Gaia & l'écologie profonde


La Plateforme

Depuis le moment où le philosophe norvégien Arne Naess lui a donné le nom d’écologie profonde, “Deep ecology”, en 1972, ce courant a fait beaucoup d’adhérents et a provoqué aussi beaucoup de controverse. Les adhérents et les supporters de l’écologie profonde ont identifié comme sources des comportements destructeurs de l’être humain: le matérialisme, le mécanisme, le réductionnisme, l’anthropocentrisme et la volonté de dominer et d’exploiter.  Ce sont ces caractéristiques-là du paradigme industriel dominant que l’écologie profonde nous demande de questionner et de changer, si nous désirons nous adapter et survivre sur cette planète.

Pour affirmer les valeurs de l’écologie profonde, face à ses détracteurs, qui l'ont accusé de "terrorisme vert" ou "d'anti-humanisme", Arne Naess et George Sessions formulèrent une plateforme pour le mouvement de l’écologie profonde en 1984, lors d’une retraite dans la Death Valley, en Californie.

La plateforme du mouvement de l’écologie profonde :

1. Le bien-être et l'épanouissement des formes de vie humaines et non-humaines de la Terre ont une valeur intrinsèque, indépendante de l'utilité que les humains pourraient leur donner.

2. La richesse et la diversité des formes de vie contribuent à la réalisation de cette valeur et sont également des valeurs par elles-mêmes.

3. L'être humain n'a pas le droit de réduire la richesse et la diversité biologique, sauf pour satisfaire des besoins humains vitaux.

4. L’interférence humaine actuelle avec le monde non humain est excessive, et la situation empire rapidement.

5. L'épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une décroissance substantielle de la population humaine. Le développement des formes de vie non-humaines requiert une telle diminution.

6. Les politiques doivent être changées. Ces changements affectent les structures économiques, technologiques, et idéologiques fondamentales. Il en résultera une société profondément différente de la nôtre.

7. Les changements idéologiques passent par l'appréciation d'une bonne qualité de vie plutôt que l'adhésion à des standards de vie toujours plus élevés. Il faut prendre conscience de la différence entre "bonne qualité" et "course à un niveau de vie extrêmement élevé" (qui serait néfaste à la nature).

8. Quiconque souscrit aux points mentionnés plus haut a une obligation de participer directement ou indirectement à la tentative de mettre en place les changements nécessaires.

Naess et d’autres appelleront la personne qui souscrit à ces principes un "supporter" du mouvement de l’écologie profonde, et non pas un “écologiste profond”. Naess sentait que « écologiste profond » était trop immodeste, et que « écologiste superficiel » n’était pas un terme très aimable. Naess met l’accent sur le fait que ceux qui soutiennent ces principes, peuvent le faire depuis un grand éventail de points de vue. Comme des oiseux construisent différents types de nids dans des habitats différents, les cultures humaines qui se construisent dans des lieux écologiques - en respectant leurs valeurs inhérentes - développent différentes formes de pratiques, de technologies et d’ordres sociaux.

* Note: Une grande partie des textes proposés sur cette page sont traduits du site très inspirant et complet de Suzanne Duarte, que nous remercions vivement : Dharmagaian