historique

Il est sans doute utile de retracer l’historique de ces ateliers pour comprendre les différentes dimensions qu’ils abordent:

résistance contre l'énergie nucléaire
A la fin des années ‘70, Joanna Macy s’est beaucoup investie dans des activités militantes qui dénonçaient les conséquences des centrales nucléaires sur la santé et l’environnement. Et au plus elle en savait, au plus elle était horrifiée. Mais elle se rendait compte que les personnes qu’elle essayait de sensibiliser n’avaient pas envie de savoir, parce que l’horreur de toutes ces destructions, la destruction de la vie, étaient trop difficiles à regarder.  C’est alors qu’elle a commencé à mettre en place des processus de groupes pour pouvoir reconnaître notre désespoir face aux désastres écologiques.

despair and empowerment work
Nommer ces ateliers a constitué un réel défi. Pendant tout un temps elle les a appelés despair and empowerment work (le travail sur le désespoir et la réappropriation de notre pouvoir). Comment ouvrir nos yeux, esprits et cœurs sur ce qui est en train de se passer, et ne pas devenir fous ?

Elle enseignait à ce moment-là le bouddhisme engagé et la théorie des systèmes au California Institute of Integral Studies à San Francisco. Le bouddhisme amenait des réponses sur cette question de la souffrance, de comment être avec cette souffrance et ne pas vouloir s’en débarasser. Il nous invite à prendre pleinement conscience que la souffrance pour notre planète est la preuve de notre interdépendance et du fait que nous sommes des êtres bien vivants! Si nous n’essayons pas de la supprimer, elle peut nous ouvrir à la connaissance de la toile de la vie et nous permettre d’élaborer les réponses nécessaires aux périls annoncés, et nous réapproprier notre créativité et notre pouvoir d’action.

deep ecology work
Au cours des années ‘80, Joanna rencontre et contribue au mouvement d’écologie profonde qui émerge dans le monde occidental (sous l’impulsion d’Arne Naess notamment) et qui marque notre interdépendance avec toute vie sur Terre. L’écologie profonde remet en question la vision de la nature extérieure à l’être humain, qui se réduirait à  "l’environnement" et où la protection de l’environnement est vue comme quelque chose qui ne nous concerne que dans la mesure ou il faudra préserver des ressources naturelles pour des générations futures humaines. Or l’écologie profonde invite à une connexion plus profonde à la Vie et au Vivant et offre ainsi un sens plus large à notre valeur d’êtres humains, comme membres de la grande communauté des êtres vivants en évolution sur la Terre. Les ateliers se sont alors enrichis d’une série d’exercices permettant de faire l’expérience de cette interdépendance, et de nous relier à la longue lignée du vivant, comme par exemple "Le Conseil de tous les Etres". Joanna et ses collègues parleront de plus en plus de Deep ecology work (ateliers d’écologie profonde).

the work that reconnects
Malheureusement, l'écologie profonde a eu mauvaise presse aux Etats-Unis, mais aussi en France , notamment dans les années '80 et '90. On l’a accusée d’être anti-humaine. Face aux impasses démographiques, elle aurait comme agenda caché de vouloir promouvoir la destruction du genre humain. Il fallait juste se débarrasser de l’espèce humaine et tous les problèmes sur la Terre seraient résolus. Une espèce de fascisme vert donc. Evidemment,  l’intention des représentants du mouvement de l'Ecologie Profonde (fort inspiré par la non-violence de Ghandi) est toute autre : il s’agit de retrouver pour l’humain sa juste place sur terre, et de guérir notre relation à la Terre. L’être humain n’est pas forcément le couronnement de la création qui peut décider librement comment se servir de tous les autres espèces. Il est invité à simplement reprendre sa place dans la toile du vivant, dans une vision systémique. Nous faisons tous partie de la toile de la vie, où chaque règne vivant a sa place et sa fonction, comme dans notre corps, où tous les organes ont leur importance et leur particularité. Il s'agit de "discerner sans séparer" et de "unir sans confondre".

De toute façon, dans les années '90, suite à ces controverses, Joanna et ses collègues se sont demandés à nouveau sous quel nom présenter leurs ateliers. Ils se sentaient aussi de plus en plus réticents à employer des termes comme ‘désespoir’, de crainte qu’ils ne déroutent les gens (‘Désespoir? Qui ressent du désespoir ?’) ou qu’ils ne donnent le sentiment que ce travail se rattache à une école de pensée spécifique (‘Qu’est-ce que l’écologie profonde?’). Or, ce travail, qui ne cesse pas d’évoluer et de se transformer partout dans le monde, est trop concret et trop universel par nature pour ne pas être partagé aussi largement comme possible. Avec les innombrables hommes, femmes et jeunes qui en ont bénéficié et y ont contribué ces dernières décennies, les initiateurs de ce travail ont le sentiment qu’il appartient à toutes celles et tous ceux qui éprouvent de l’intérêt pour l’avenir.

C’est comme ça que les ateliers ont pris, au cours des années '90 - et notamment avec l’apparition du manuel de base ‘Coming back to Life’ - le nom de the work that reconnects, traduit en français par le travail qui relie.

Un nom qui n’est sans doute pas très 'sexy', mais qui dit bien son intention: dépasser l'illusion de notre séparation, et rétablir des liens un peu partout, comme entre:

-    les membres de la communauté humaine
-    l'humain et les autres règnes du vivant,
-    les générations passées et futures
-    le corps et l’esprit
-    la théorie et le ressenti
-   l'écologie et spiritualité
-    action et contemplation
...

 

 

Au-delà des concepts et des théories, c’est donc à une nouvelle manière de vivre l’écologie
que notre association Terr’Eveille veut vous inviter!